En surfant, je suis tombée sur une conférence donnée par la société française de psychanalyse, et j'ai trouvé que l'analyse faite au début de la conférence était très intéressante puisqu'elle portait sur les Contes de Mille et Une Nuits!
je vous propose cette lecture du moins le début de cette analyse :
Dans les récits des contes, la patience dans le silence comme dans la longue gestation portant l'enfant qui peut mûrir comme un fruit caché, témoigne de l'élaboration qui maîtrise le temps, file et tisse le tissu de l'identité qui se transforme. Les héros, en enfilant une chemise offerte et tissée par une femme deviennent des « preux » dans les contes. Le tissu devient un lien, une liaison s'opposant à la discontinuité. On parle de dentelle de la muqueuse utérine. La patience du féminin chez Schéhérazade dans les Contes de Mille et Une Nuits, a joué aussi son rôle pour faire advenir le féminin du sultan. Vous connaissez l'histoire de ce sultan dont le frère avait été trompé par sa femme. Devenu vengeur, il tuait ses maîtresses à la fin de la nuit passée avec elles. Schéhérazade expérimenta l'intérêt de ses contes avec sa sour Dinrazade à qui elle les racontait en premier. L'écoute du couple homosexuel par le sultan la sauva de la mort en faisant différer la suite du récit à la nuit suivante. Le nom du frère du sultan est « Zaman » qui signifie le temps en arabe, et en hébreu : « Zman ; un ajouté à mille devient l'Eternité. Le rôle de Schéhérazade pour y accéder a été un rôle actif dans la passivité de l'attente. Ainsi ont pu être tissés les liens des images fantasmatiques des récits qui se déroulent dans les contes mettant en scène la bisexualité des personnages, comme dans un tapis aux coloris multiples et chatoyants. Ce rôle reprend et modifie avec le temps les motifs qui se répètent. Ce travail de liaison dans l'attente patiente du féminin en alliance avec le masculin entre activité et passivité est une lutte par la narration. C'est une lutte en alliance avec le temps contre la mort, la destructivité pulsionnelle qui cherche la satisfaction immédiate chez le personnage représenté par le sultan. Celui-ci, dans son écoute pourra se laisser aller à sa passivité et s'identifier à la fois aux deux femmes et aux héros des récits dans leur bisexualité où activité et passivité ne sont pas l'apanage exclusif d'un sexe particulier.
C. David en 1992, dans son livre « La bisexualité psychique » ( Paris, Payot), reprend en le commentant un passage des Mille et Une Nuits dans la traduction du Dr Mardrus. Il concerne l'épopée de Kamaralzaman (notez à nouveau Zaman : temps), fils de roi d'une beauté parfaite et de la princesse Boudour, d'une indicible beauté. Tous les deux se refusaient à l'autre sexe, mais furent conquis ultérieurement dans leur ressemblance et leur différence. La question, posée par un génie, est de savoir qui l'emportera sur l'autre. Dans les péripéties de leurs aventures, à travers les travestissements et les modalités de désir qu'ils suscitent, ils assument des rôles masculins et féminins, dans des positions actives ou passives qui jouent des scènes dans des variantes et des compositions multiples, dans l'homo- et l'hétérosexualité et dans les fluctuations entre investissements narcissiques et modalités différentes de leurs relations à l'objet. C. David remarque que « si les jeunes gens ont pu passer de leur isolement auto-érotique à la poursuite délibérée de l'objet, aussitôt perdu que trouvé, c'est bien grâce à la fulgurance du désir de l'autre, mais c'est aussi parce que cette altérité est l'objet d'une reconnaissance, d'une réminiscence... parce que la muette et occulte présence interne et intériorisée de l'autre se trouve de nouveau extériorisée, et dans une large mesure protégée. » Bisexualité psychique, activité et passivité entrent en jeu dans les compositions multiples de ce théâtre intérieur. Il faut reconnaître également l'intrication des niveaux entre la génitalité et l'oralité et l'analité. Dans ce jeu nous devons aussi penser à la lutte contre la perte dépressive à tous les niveaux, oedipien, narcissique, et aussi les angoisses d'anéantissement suscitées par la dépendance passive au début de la vie et dans les circonstances traumatiques où l'impensable fait effraction dans la passivité.
source: http://www.spp.asso.fr/main/ConferencesEnLigne/Items/30.htm
jeudi, octobre 18, 2007
Masculin et féminin entre activité et passivité
Publié par psynaj à l'adresse 8:44 PM
Libellés : psychanalyse
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2 Comments:
excellente analyse.. ^^
je m'en lasse pas..
la passivité & l'activité.. féminine & masculine.. & surtout dans ce modèle bien précis.. des mille & une nuits.. entre leurre & faux semblants.. second degré & moralité sournoise.. le sexe omniprésent.. de pour même son absence latente.. & puis leurs degrés.. la passivité agressive.. propre d'un certain nombre d'hommes surtout en orient.. un machisme masquant l'immaturité affective ou plus simplement la fragilité émotionnelle.. tout un univers d'encrages & de non-dits sublimés par un conte intemporel.. merci la psy.. encore merci.. ^^
merci pour ton commentaire aussi interessant que le contenu de cette note, le reste de la conférence est accessible sur l'adresse du site et elle est aussi interessante, mais très longue, j'ai choisit le passage qui m'a le plus marqué!
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